dimanche 12 mars 2006
CPE suite...
Villepin défend pied à pied le CPE mais tente une ouverture
PARIS (Reuters) - Dominique de Villepin défend pied à pied le contrat première embauche (CPE), au nom de "l'action" contre le chômage, mais se dit prêt, au nom du "dialogue", à compléter un dispositif contesté par la gauche, les syndicats et les organisations étudiantes.
Lors d'une intervention sur TF1, très attendue après l'intensification de la lutte anti-CPE, le Premier ministre a rappelé que, lorsqu'il était arrivé à Matignon il y a neuf mois, il s'était "engagé à livrer une bataille sans précédent sur l'emploi, à utiliser tous les moyens".
"Alors je dis: soyons pragmatiques, avançons, essayons, testons les différentes solutions", a-t-il plaidé.
"Personne ne peut dire qu'au Premier ministre social a succédé un Premier ministre ultra-libéral", a insisté Dominique de Villepin, qui a souligné faire peu de cas de son sort personnel à treize mois de l'élection présidentielle.
"Ma personne n'a aucune importance dans cette affaire. Ce qui compte, c'est de savoir quel est le choix que nous faisons, nous Français, pour l'avenir. Est-ce que nous cédons à la peur, est-ce que nous revenons en arrière ?" a-t-il lancé.
"Comment peut-on envisager que la France garde sa place, son modèle social, si nous ne sommes pas capables de prévoir les adaptations nécessaires ? Pas pour le plaisir, pour sauvegarder ce modèle social, parce que nous y tenons", a-t-il ajouté.
Au lendemain de l'évacuation de la Sorbonne, occupée brièvement par des étudiants anti-CPE, le Premier ministre a dit comprendre "l'inquiétude qui s'exprime" en France.
"Je suis à l'écoute de ceux qui manifestent mais aussi de ceux qui veulent étudier et préparer leurs examens, à l'écoute de ceux qui s'inquiètent pour l'avenir de leurs enfants", a-t-il dit. "A tous je veux dire que je suis un homme d'action et de conviction et aussi un homme d'écoute et de dialogue".
Dominique de Villepin a déroulé son argumentaire pour le CPE, un contrat à durée indéterminée dérogatoire réservé aux moins de 26 ans et assorti d'une période d'essai de deux ans.
"Cela s'adresse à ceux qui ont le plus de difficulté pour entrer sur le marché de l'emploi", a-t-il souligné, rappelant que le CPE avait été intégré dans le projet de loi sur l'égalité des chances, élaboré après la crise des banlieues de novembre.
DIALOGUE SUR LA PRÉCARITÉ
Le CPE, a martelé le Premier ministre, "n'a pas vocation à se substituer aux autres contrats". "Les jeunes qui sortent de leur école avec une bonne formation et qui ont tout de suite un CDI classique continueront à l'avoir".
Il a reconnu que la période d'essai de deux ans faisait "peur" et a tenu à souligner qu'il s'agissait d'une "période maximum" qui pourrait être "raccourcie du fait de l'employeur".
Il a souligné que "tout le droit du travail s'applique" aux jeunes en CPE.
Mais le Premier ministre a tenté une ouverture en direction des syndicats, qui sont vent debout contre le CPE et la méthode du gouvernement.
"La loi qui a été votée s'appliquera, elle sera mise en oeuvre mais je souhaite, comme cela est prévu par la loi, compléter les garanties qui seront apportées (...) par de nouvelles garanties qui doivent être négociées avec les partenaires sociaux", a-t-il dit.
Il a ainsi souhaité que trois nouvelles garanties soient apportées: le jeune en CPE pourrait être accompagné par un référent, un complément de rémunération pourrait être ajouté à l'allocation-chômage en cas de licenciement et, surtout, le nouveau contrat devrait être soumis à une évaluation.
"Toute l'action menée par le gouvernement est soumise à l'expérience et à l'évaluation. Je suis prêt, avec les partenaires sociaux, à soumettre notre action à une évaluation régulière (...) Trouvons des rendez-vous tous les six mois pour évaluer ce contrat, dans le cadre, par exemple, du conseil d'orientation pour l'emploi", a-t-il dit.
Dominique de Villepin s'est dit prêt à "aller plus loin" et à entamer dès avril un dialogue avec les partenaires sociaux sur "les moyens de réduire la précarité dans l'emploi".
Il a reconnu que la situation était "difficile" mais s'est dit certain d'avoir derrière lui "un gouvernement uni et déterminé" et "une majorité unie", en dépit des réserves exprimées ces derniers jours dans les rangs de la droite.
"Pourquoi je me bats ? Parce que j'aime la France, j'aime les Français, je veux que notre pays avance. Alors sortons de la confusion, des malentendus, évitons les amalgames, évitons de personnaliser le débat", a lancé Dominique de Villepin.









