jeudi 23 mars 2006
Clavardage
Cézanne
2006 L'ANNEE CEZANNE
"Je veux mourir en peignant"
Cézanne, dont la renommée n'avait pas dépassé les limites d'un cercle restreint d'artistes et d'écrivains pendant presque toute sa carrière, se révéla comme l'un des peintres qui avaient le plus influencé l'art contemporain. Après sa mort et jusqu'à nos jours, il a continué d'inspirer presque tous les mouvements qui comptent. A l'occasion du centenaire de sa disparition, l'année 2006 sera marquée par un foisonnement d'événements témoignant de la portée de son oeuvre.
Une vocation impérative
Né dans le milieu de la bonne bourgeoisie provinciale quelque peu en marge de la société aixoise, Cézanne fit toutes ses études dans la région, acquérant une solide culture classique et se liant d'une profonde amitié avec quelques-uns de ses camarades de collège, au premier rang desquels Emile Zola, alors son confident le plus intime. Zola avec qui il vit une grande histoire d'amitié, mais leurs caractères et la vie les séparent. Notre peintre s'inscrit à la faculté d'Aix-en-Provence en 1858, largement poussé par son père. Sa vocation artistique pourtant déjà assez affirmée (il avait suivi les cours de l'école gratuite de dessin depuis 1857), il finit par obtenir de son père l'indispensable autorisation pour aller étudier la peinture à Paris en 1861. Il revient à Aix travailler dans la banque paternelle, mais repart un an plus tard pour Paris. C'en est désormais fini des faux départs, des hésitations sinon du découragement devant les difficultés du métier : Cézanne sera peintre, irrévocablement.
Quand l'héritier devient pionnier
Réinventant la peinture (parce que les formes anciennes - qu'il respectait plus que toutes autres - lui étaient inaccessibles), il l'a bouleversée, préparant le travail de ses successeurs pour au moins un siècle. 
Situé au confluent du figuratif du XIXe siècle et de l'abstrait du XXe, l'art de Cézanne opère la synthèse des plus hautes vertus de l'un et de l'autre. En même temps, il réconcilie les tendances antagonistes du romantisme et du classicisme en alliant à la vigueur et au colorisme du premier la sobriété et la linéarité du second. Pourtant, l'art cézannien est marqué par le tempérament de son inventeur, tout à la fois scrupuleux et vigoureux, réfléchi et sensuel.
Après une période romantique qui correspond aux années de jeunesse et de formation parisienne, succède, de 1872 à 1877, la période impressionniste. Puis, après s'être détaché du groupe, la période constructive jusque vers 1886-1887. Vient enfin la période synthétique, où Cézanne rassemble ses recherches pour arriver à cette "terre promise" qu'il dit entrevoir, dans une lettre à Vollard de 1903. L'analyse formelle joue un rôle déterminant dans cette répartition, et le style de Cézanne s'épure constamment pour aboutir aux oeuvres ultimes qui constituent la quintessence de son travail.
L'ami Pissarro
Parvenus à s'enrichir réciproquement sans trahir leur génie propre, Cézanne et Pissarro forment un des couples les plus marquants de l'histoire de l'art. Existent entre eux de très fortes correspondances picturales mais aussi un lien d'amitié réel. C'est en 1861 que Paul Cézanne rencontra pour la première fois Camille Pissarro à l'atelier du peintre suisse. Ils se lièrent alors pour la vie. Quatre ans plus tard, Cézanne présenta Pissarro à Zola. Au début des années 1870, après la guerre franco-prussienne et la Commune, Pissarro s'est établi dans la région de Pontoise et d'Auvers-sur-Oise. Cézanne viendra souvent travailler avec lui. C'est durant ces années qu'ils peignirent des portraits croisés. Au début des années 1880, les deux peintres se voient souvent à Pontoise, avant de prendre des chemins différents. Pissarro ne cessera de défendre le talent incompris de son ami : "un des tempéraments les plus étonnants et les plus curieux de notre époque et qui a eu une influence très grande sur l'art moderne." Ils forment tous deux un couple un peu à part, surplombant les cases artistiques de leur époque.
Après New York et Los Angeles, l'exposition 'Cézanne et Pissarro' s'installe cette année au musée d'Orsay. Elle y dévoile, à travers des paires composées de toiles de Pissarro et de Cézanne venant de collections privées et publiques du monde entier, la richesse de la relation artistique qui a existé entre ces deux grands peintres amis.
Une Provence bien avare
En 1901, Pontier, le nouveau conservateur du musée d'Aix déclara : "Moi vivant, jamais une oeuvre de Cézanne n'entrera au musée." Et il tiendra parole. Lui comme ses compatriotes provençaux ne manquèrent pas de tourner le dos au mystère Cézanne qu'ils ne comprirent pas. Depuis, bien sûr, la ville d'Aix-en-Provence n'a pas manqué de récupérer l'enfant du pays qu'elle a tant méprisé. Le fou, l'énergumène, le fils du banquier est devenu la gloire de la ville, qui s'en porte fort bien. Car les dernières années de la vie du peintre s'organisent autour de cette Provence, où Cézanne arrive à une synthèse encore jamais atteinte entre lumière, couleur, composition et figuration dont les dernières natures mortes, les derniers portraits, les dernières grandes baigneuses, les dernières Sainte-Victoire en sont l'expression.
En chantier depuis plus de plus de quatre ans, le musée Granet, qui ouvrira ses portes cette année, aura accompli une mutation qui en fait l'un des fleurons des musées de beaux-arts en région. L'exposition 'Cézanne en Provence' constituera un temps exceptionnel de préfiguration avant la réouverture du musée dans sa configuration définitive en 2007, date à laquelle le musée présentera l'intégralité de ses collections permanentes.
Tellement conspué lors des expositions de son époque, Cézanne s'est senti si irrémédiablement méconnu, qu'il renonça pour longtemps à se montrer au public. Replié sur lui-même, il continuera à peindre de la façon la plus assidue, la plus tenace. Se livrant ainsi à l'exercice de l'art, il aura bien fallu attendre un siècle pour honorer Cézanne à sa juste valeur, l'admirer dans son juste éclat.
Claire Mione pour Evene.fr - Février 2006
Plus de 1.500 musées européens participeront à la "Nuit des musées"
PARIS (AFP) - Plus de 1.500 musées européens, dont près de 850 en France, participeront à la deuxième édition de la "Nuit des musées" qui aura lieu le samedi 20 mai, a annoncé jeudi le ministère français de la Culture.
La manifestation, qui permet de visiter les musées gratuitement et à une heure insolite (de 19H00 à 1H00 du matin), est une "occasion unique" pour de nouveaux publics de découvrir leur richesse et leur diversité, selon un communiqué du ministère. De "fortes mobilisations" sont prévues en Italie, en Belgique, en Lettonie, en Allemagne, en Pologne, au Royaume-Uni, en Lituanie et en Espagne, pays qui avaient participé à la première édition l'an dernier, ajoute le ministère français. De nouveaux pays se joindront à cet événement comme l’Albanie, l’Autriche, Chypre, l’Estonie, la Finlande, la Hongrie, l’Islande et la Turquie, selon la même source. La "Nuit des musées" est placée sous le haut patronage du Conseil de l’Europe et est partenaire de la Journée internationale des musées de l’ICOM (Comité international des musées) qui a pour thème cette année "les musées et les jeunes visiteurs". 1.200 musées européens, dont 700 en France, avaient participé à la première édition.Un report des examens universitaires n'est pas exclu
PARIS (Reuters) - Le ministre de l'Education nationale n'exclut pas un report des examens dans les universités où des grèves contre le contrat première embauche (CPE) ont perturbé les cours, parfois depuis cinq semaines.
"Le retard est préoccupant", a déclaré Gilles de Robien sur les ondes de RMC jeudi.
"Dans chaque université, en fonction des perturbations, il faut envisager soit de rattraper les cours ou bien, le cas échéant, dans les cas extrêmes, de décaler les examens, peut-être en septembre pour certains cas", a-t-il dit.
Le ministre a dit qu'il en avait "discuté avec certains présidents d'université" ajoutant qu'il refusait d'"envisager que l'année universitaire puisse être une année blanche".
Le président de la Conférence des présidents d'université (CPU), Yannick Vallée, tire lui aussi la sonnette d'alarme.
Dans un entretien au quotidien Le Parisien, il dit redouter que le problème des examens ne devienne "ingérable" si les actions anti-CPE se poursuivent au-delà de cette semaine.
"Les universités françaises n'ont pas été confrontées à pareille situation depuis mai 68", assure-t-il.
"Si le mouvement se poursuit encore deux semaines, voire un mois, la grève aura touché la moitié du programme. Cela rendrait le problème ingérable et nous ne répondrons de rien"!", prévient-il.
Article dans « Ouest-France »
« Cette génération est orpheline de tout »
Louis Chauvel, professeur à Sciences-Po.
Derrière la fronde anti-CPE, c'est toute une jeunesse qui dit son inquiétude pour l'avenir. Comment vivent les 18-25 ans en 2006 ? Qu'espèrent-ils ? Jusqu'à dimanche, Ouest-France leur donne la parole et interroge des adultes qui les observent. Aujourd'hui Louis Chauvel, jeune sociologue, témoin sans complaisance de la fracture entre les générations.
Vous parlez de désespoir social à propos des jeunes. Désespoir vraiment ?
Il y a d'abord une inquiétude générale. La société française ne sait plus où elle va. Cela touche les 18-25 ans, les trentenaires, et les plus âgés, leurs parents. Les jeunes ont, de surcroît, le sentiment d'être les sacrifiées du système. Ils constatent qu'ils sont de plus en plus mal venus dans le monde du travail. Voués au chômage, aux stages payés au mieux 350 €, et à la précarité. En 1973, à la sortie de l'école, le taux de chômage dans les 12 mois était de 6 %. Il avoisine les 30 %. Cela touche les jeunes de banlieues, les classes défavorisées mais également le haut des classes moyennes. Ce sont les premières générations (en temps de paix) qui savent, diplômées ou pas, qu'elles n'atteindront pas le niveau social de leurs parents.
La panne de l'ascenseur social ?
La France a fait le choix des pays conservateurs. Faute de croissance, elle a protégé les carrières des aînés, particulièrement celles des hommes, les baby-boomers, en défaveur de tous les autres : immigrés, jeunes, femmes. Dans une entreprise en difficultés, on organise des départs en préretraites et, si cela ne suffit pas, on licencie les derniers arrivés. Les jeunes servent de variable d'ajustement. C'est aussi le cas en Espagne et en Italie. Par contre, les pays scandinaves ont fait le choix inverse. Les jeunes entrent très vite dans le monde du travail. Ils peuvent concilier poursuite des études et emploi, mener tôt une vie réelle d'adulte, créer une famille...
Et pourtant, le système « verrouillé » à la française résiste... Grâce aux parents ?
La solidarité familiale permet aux jeunes de tenir, effectivement. Mais en état de dépendance. Ce sont les « Tanguy » à vie, du moins jusqu'à 30 ans et plus. Les employeurs se frottent les mains. Ils disposent de stagiaires, de CDD, de jeunes taillables et corvéables qu'ils font travailler sur fonds parentaux. L'économie du travail des jeunes est fondée, pour l'essentiel, sur l'épargne des parents. Mais cette aide familiale est extrêmement inégalitaire. Quelle injustice entre celui qui a le logement assuré par sa famille, socialement aisée, et son collègue, même âge, même salaire, qui se le voit amputer de 30 à 40 % par un loyer. Il a le sentiment que le travail ne rapporte rien, et l'on voudrait qu'il s'y investisse !
Cette fracture intergénérationnelle, comme vous l'appelez, est passée relativement inaperçue...
Je l'ai analysée dès 1996, en étudiant les taux de suicides. Au même âge, celui des jeunes était de 70 % supérieur à celui des générations précédentes. Un signe. Mais à l'époque, tout le monde s'est emballé pour la bulle Internet, la promesse d'une croissance retrouvée et toutes ces balivernes. Aujourd'hui, c'est fini, et la souffrance des jeunes générations resurgit. Derrière cette affaire du CPE, on prend conscience qu'il y a des problèmes de fonds qu'il faudra bien résoudre. À moins que la classe politique ne se dise une fois de plus : rien à faire avec cette jeunesse, laissons-la vieillir au fil de l'eau.
La génération dorée, celle de 68 et au-delà, abandonnerait ses enfants ?
En famille, ils sont aidés, je l'ai dit, mais dans l'entreprise, dans la vie collective, on les sacrifie. Sauf les héritiers. Les fils et filles de. L'élite protège ses enfants dans les grandes écoles. Mais partout ailleurs, dans les institutions, les lieux de pouvoirs, les syndicats, les partis, les jeunes sont absents. Observez les moyennes d'âges : en deçà de 45 ans, le vide. Les baby- boomers ont bétonné leurs statuts et pris le pouvoir. Ils les gardent. La génération actuelle se retrouve orpheline de tout.
Recueilli par Bernard LE SOLLEU
Salon du livre: tous écrivains!
20Minutes.fr avec AFP | 23.03.06 | 10h56
Ce n'est plus une passion, c'est une déferlante. Chaque année, des dizaines de milliers de Français écrivent dans leur coin et expédient leurs manuscrits chez les éditeurs, mais la sélection est rude et une infime minorité seulement réalise ce vieux rêve : être publié.
Les éditions Grasset reçoivent quelque 4.000 manuscrits par an, Anne Carrière 5.000 et jusqu'à 7.000 textes arrivent par la poste chez Albin Michel.
Partout, les manuscrits s'empilent, croulent, circulent d'une maison à l'autre. Une vague de récits plus ou moins autobiographiques, de cris d'espoir, de colère ou d'angoisse, déferle chaque jour sur les maisons d'édition.
"Ca correspond peut-être à un malaise général. Ma secrétaire me dit : +si vous saviez le nombre de coups de téléphone de détresse ou d'insultes que je reçois+. On est en contact avec l'humanité toute entière", avance Francis Esménard, le directeur d'Albin Michel, au 26è Salon du livre.
Avec les 35 heures, l'abaissement de l'âge de la retraite, de plus en plus de Français ont un projet littéraire sous le coude et les romans représentent environ 75% de leur production.
La plupart des manuscrits sont autobiographiques. L'éditeur devient une sorte de psychologue, un confident à qui des milliers de gens livrent leurs souvenirs, leurs souffrances et leurs petits secrets.
"N'importe qui raconte sa vie, ses petites histoires. Mais plus de 90% de ce qu'on reçoit n'est publiable par personne. Simplement parce que c'est mauvais", affirme Gérard Berréby, des éditions Allia.
Au final, un à deux manuscrits seulement sur 1.000 arrivés par courrier seront effectivement publiés. Le premier tri se fait en quelques minutes.
"On n'a pas besoin de manger tout le boeuf pour savoir si la viande est bonne, souligne Francis Esménard. Il suffit parfois de lire quatre ou cinq pages pour savoir si c'est publiable".
Les "petits" éditeurs s'y collent le plus souvent eux mêmes. "C'est moi qui fait le tri, explique Paul Otchakovsky-Laurens des éditions P.O.L. Je ne fais ce métier que pour le plaisir d'ouvrir et de découvrir des manuscrits le matin".
Allia reçoit environ 1.800 textes par an. "On peut penser que c'est complètement ahurissant de lire 1.800 manuscrits. Mais du point de vue de la rentabilité, si j'en retiens deux ou trois qui font 3.000 où 5.000 exemplaires, le jeu en vaut la chandelle", souligne Gérard Berréby.
Parfois, l'auteur recalé revient à la charge. Anne Carrière reçoit des lettres agressives et injurieuses d'auteurs dont elle a refusé les textes, parce que "c'était très mauvais".
"Les fous, les obsédés, ça écrit aussi", résume un de ses confrères.
Dans les grandes maisons d'édition, le tri relève de lecteurs professionnels avant un éventuel passage devant le comité de lecture.
"Le public a le sentiment qu'on cherche tous les prétextes pour ne pas publier. Au contraire, on cherche désespérément le talent, note Olivier Nora de chez Grasset. Dès qu'il y a l'ombre de quelque chose qui ressemble si peu que ce soit à un talent, on se précipite dessus".
Parfois, les espoirs sont récompensés. Beaucoup des 250 premiers romans publiés chaque année en France sont arrivés par la poste. Leurs auteurs sont plutôt jeunes, mais les plus âgés ne se découragent pas pour autant.
De toutes façons, dit Francis Esménard, "il y a toujours une pile qui nous attend".
"L’avenir de l’homme, c'est la femme. Elle est la couleur de son âme."
LOUIS ARAGON
Infos pour les étudiants parisiens : aujourd'hui a lieu une nouvelle journée de manifestations contre le CPE. Pour les étudiants de Censier : départ à 13h de la fac. Rassemblement général à 14h - place d'Italie, direction l'Assemblée Nationale.
Lien intéressant : http://paris.indymedia.org











