- Les Chroniques de Faust -

"Je est un autre." Rimbaud

dimanche 30 avril 2006

Jean-François Revel

Décès de l'académicien Jean-François Revel

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PARIS (AFP) - Le philosophe, écrivain et journaliste Jean-François Revel, membre de l'Académie française, est décédé dans la nuit de samedi à dimanche à l'hôpital du Kremlin-Bicêtre (Val-de-Marne), à l'âge de 82 ans, a-t-on appris auprès de ses proches.

Il avait été hospitalisé il y a environ deux semaines et est mort d'un "incident cardiaque", a précisé à l'AFP sa veuve, la journaliste et écrivain Claude Sarraute.

Né le 19 janvier 1924 à Marseille, cet agrégé de philosophie marqué à droite a mené à partir des années 1950 une double carrière, littéraire et journaliste.

D'abord enseignant, il a assumé des fonctions de conseiller littéraire et de directeur de collection, puis a pris la direction de l'hebdomadaire L'Express (1978-1981), dont il était l'un des éditorialistes depuis 1966, devenant par la suite chroniqueur au Point.

Il a écrit une trentaine d'ouvrages, dont "Le Moine et le philosophe" (1997), dans lequel il dialogue avec son fils bouddhiste Matthieu Ricard.

Décès de Jean-François Revel: "une grande perte pour l'Académie et pour le pays", selon Jean d'Ormesson

PARIS (AP) - L'écrivain et académicien Jean d'Ormesson a rendu hommage dimanche au philosophe Jean-François Revel, décédé à l'âge de 82 ans, estimant que sa disparition constituait "une grande perte pour l'Académie (française) et pour le pays".

"C'était avec Raymond Aron, de façon très différente, un des grands intellectuels de notre temps", a souligné Jean d'Ormesson sur France-Info. "C'était un grand journaliste politique et il tenait une grande place dans le monde intellectuel d'aujourd'hui", qu'il avait notamment marqué "par son opposition au gaullisme", a-t-il ajouté, la voix déformée par l'émotion.

Pour Jean d'Ormesson, 80 ans, qui avait connu Jean-François Revel -alors Jean-François Ricard- sur les bancs de l'Ecole normale supérieure, l'ancien directeur de l'hebdomadaire "L'Express" s'est illustré par un "parcours très intéressant" sur le plan politique: "il s'était présenté comme socialiste aux élections et puis il avait évolué vers un libéralisme très accentué", a-t-il rappelé.

"Il incarnait la pensée libérale après avoir incarné la pensée socialiste", a-t-il résumé. "Il a été beaucoup plus à gauche que moi et beaucoup plus à droite que moi." AP

Revel, un Immortel s'en va

PARIS (AP) - L'Académie française perd l'un de ses Immortels. Philosophe, écrivain, journaliste, Jean-François Revel est décédé dans la nuit de samedi à dimanche à l'hôpital du Kremlin-Bicêtre (Val-de-Marne), où il avait été admis à la mi-avril. Ce penseur, athée et amoureux de la vie, avait 82 ans.

"Très fatigué, malade", l'auteur de "Pourquoi des philosophes?", est mort "dans son sommeil", a-t-on appris auprès de sa veuve, Claude Sarraute, fille de l'écrivain Nathalie Sarraute.

Né le 19 janvier 1924 à Marseille dans une famille d'origine franc-comtoise, ce normalien agrégé de philosophie avait été élu à l'Académie française en juin 1997, l'année de la parution de ses Mémoires "Le voleur dans la maison vide". Jean-François Ricard, dit Revel, avait notamment été directeur de "L'Express", collaborateur au "Point" -pour des chroniques néolibérales-, à Europe 1 et RTL.

On doit à cet anticonformiste classé à droite une trentaine d'ouvrages, dont "Pourquoi des philosophes?" (1957), "Ni Marx ni Jésus" (1970), "La tentation totalitaire" (1976), "Comment les démocraties finissent" (1983), "La connaissance inutile" (1988), et "Le Moine et le philosophe" (1997, avec son fils Matthieu Ricard, moine bouddhiste). Son dernier livre, "L'obsession anti-américaine", est paru en 2002.

Reçu en 1943 à l'Ecole normale supérieure, Revel a participé à la Résistance (sous le pseudonyme "Ferral"). Agrégation de philosophie en poche, il est nommé successivement à Tlemcen en Algérie, à Mexico et à Florence. De retour fin 1956 en France, il fait partie du cabinet du sous-secrétariat d'Etat aux Arts et Lettres avant d'enseigner à Lille puis à Paris.

Sa carrière littérature débute en 1957, tout comme sa carrière journalistique. Il sera notamment rédacteur en chef des pages littéraires de "France-Observateur" durant trois ans. Il assumera aussi les fonctions de conseiller littéraire et de directeur de collection chez René Julliard, Jean-Jacques Pauvert, Robert Laffont jusqu'en 1978, date à laquelle il prend la direction de l'hebdomadaire "L'Express" -dont il était l'un des éditorialistes depuis 1966. Trois ans plus tard, il en démissionnera et deviendra chroniqueur au "Point".

Difficile donc d'étiqueter Revel dans le grand magasin des lettres. "Je n'ai jamais fait totalement partie d'une profession", avouait-il d'ailleurs au quotidien "Libération" en 1998.

Pour Claude Sarraute, qu'il épousa en secondes noces en 1967 et avec qui il a eu un fils, "Revel" -comme elle le nomme- était d'un "formidable courage intellectuel". "Dans 'Pourquoi des philosophes?' écrit à Florence, il s'attaquait à des philosophes de leur vivant". "Critiqué, il a continué imperturbable", a-t-elle expliqué à l'Associated Press. "Il voulait la démocratie partout, c'est lui qui a inventé l'expression 'droit d'ingérence'".

"Je pense qu'il a mené un combat contre tous les totalitarismes qui a très important", a-t-elle ajouté. "Il y a mis une fougue, un talent d'écrivain, il a publié des pamphlets", "sa culture absolument incroyable l'a énormément servi", a-t-elle encore souligné, évoquant les relations empreintes d'admiration mutuelle qu'entretenaient sa mère, l'écrivain Nathalie Sarraute, et Jean-François Revel.

"A la fin de sa vie, Nathalie Sarraute ne voulait pas s'endormir sans savoir absolument ce qu'elle recherchait", se souvient-elle. "Elle appelait très souvent Revel", lui demandant par exemple quel végétal composait le nez d'un tableau d'Arcimboldo ou le nom de l'auteur d'un poème. A chaque fois, Revel "avait l'impression de passer l'oral de son agrégation de philosophie!"

Penseur, analyste, Revel, qui s'est "petit à petit retiré de la vie intellectuelle", aimait aussi la langue, et les plaisirs de l'existence, comme en témoignent "Pour L'Italie" (1958), "Sur Proust" (1960), "Un festin en paroles" (1979). Tout en rondeur sous le costume, l'homme -dont le pseudonyme Revel vient d'un restaurant où il retrouvait des amis- ne cachait d'ailleurs pas son goût pour l'alcool. "L'alcool, pour moi, est plutôt lié à la sociabilité", disait-il. "Il m'est très difficile de rencontrer un ami et de boire de l'Evian. Mais alors, il m'est plus facile de boire trois verres qu'un, et six que trois". "Ma seule protection, c'est la solitude", ajoutait-il.

Dimanche, Jean d'Ormesson a estimé que Revel était "avec Raymond Aron, de façon très différente, un des grands intellectuels de notre temps", observant qu'il "incarnait la pensée libérale après avoir incarné la pensée socialiste".

"J'ai toujours beaucoup travaillé, tout en menant, souvent, le contraire d'une vie de clerc. Je me suis même parfois bien amusé" , avait confié Revel à Olivier Todd en 1997, disant s'être toujours "considéré comme étant de gauche". Quant à la mort, notait-il, c'est "un fait unique et un fait brut. A partir du moment où on ne croit pas à un au-delà ou à une réincarnation, il ne reste plus qu'à accepter le néant". AP

Posté par faust7556 à 15:38 - Culture - Commentaires [2] - Permalien [#]

Commentaires

un dimanche occupé

Donc malgré ton travail lié à tes études tu restes en lien avec l'actualité, et je viens , par ton biais, d'apprendre le décès de J.F.Revel, athée et père de Mathieu moine bouddhiste...J'ai été très intéressé de suivre leurs échanges et leurs réflexions , ce d'autant plus riche qu'ils avaient une approche différente de la mort:pour l'un c'est la fin, le néant et pour l'autre la réincarnation en lien avec le karma...

Posté par josephv, dimanche 30 avril 2006 à 21:21

oui et JF Revel était le mari de Claude Sarraute (journaliste au Monde, chroniqueuse chez Ruquier), et je suis justement en train de faire une dissert sur l'essai "L'ère du soupçon" de Nathalie Sarraute (grand écrivain ! mère de Claude Sarraute) !

Posté par Faustine, dimanche 30 avril 2006 à 22:37

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